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Mario Garnero : ¬ę La voix du Br√©sil doit √™tre beaucoup plus forte dans le monde

dialoguesdescontinents 06/11/2014 18:42

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DIALOGUES DES CONTINENTS : Quels sont selon vous les défis pour le Brésil alors que ce pays vient de réélire sa présidente ?
MARIO GARNERO : Une chose très importante : le modèle économique brésilien doit s’ouvrir beaucoup plus sur le monde. Le Brésil est une économie de 24 000 milliards de dollars qui ne peut pas se contenter de jouer un rôle isolé. Il faut combattre la bureaucratie excessive et alléger les lourdes démarches fiscales et commerciales. Nous devons assouplir notre réglementation et surtout maintenir un budget équilibré tout en maintenant une vision sociale comme cela fut le cas sur les vingt dernières années. Il faut inciter les capitaux privés à avoir foi dans le développement du pays.

Le Brésil s’est fortement développé ces dernières années, mais demeurent de nombreuses inégalités, comment celles-ci pourraient être résorbées ?

Nous avons un pays dont aujourd’hui 54% de la population fait partie de la classe moyenne. C’est une grande question qui va se poser pour ce siècle : comment résoudre les inégalités pour améliorer les conditions de vie humaines. Le programme de lutte contre la faim a été réussi. Les inégalités s’accroissent dans l’éducation. Nous sommes dans une situation de plein emploi mais la question de l’accès à l’éducation reste majeure. Nous devons faire un bond en avant, pour mieux former ceux qui sont en dehors du système universitaire vers des emplois de qualité. Nous avons 6 millions d’universitaires. Le gouvernement a mis en place un programme très intéressant, Pronatec, qui va en ce sens. Mais il y a encore de nombreuses étapes à réaliser.
En tant que président du Forum das Americas, comment voyez-vous la place du Brésil au sein du concert des nations et des pays émergents ?

Le Brésil n’a pas encore su prendre suffisamment la place qui lui revenait dans le concert mondial. Je pense que Lula a permis au Brésil d’être plus présent en Afrique, en Amérique du Sud. Pour résoudre les inégalités, il faut être très important sur le plan international, soit au niveau commercial, soit par le « soft power » soit au sein des organisations internationales. Avec sa population de 200 millions d’habitants, le Brésil n’a pas encore fait valoir tous ses atouts pour se transformer en une nation importante diplomatiquement. Nous n’avons pas d’objectifs clairs. Nous devons affirmer plus avant notre voix en Amérique du Sud et naturellement dans les BRICS.
Vous avez rencontré en septembre dernier le premier ministre chinois, quelles coopérations peuvent s’ouvrir entre la Chine et le Brésil ?

La Chine est devenue le plus grand partenaire commercial du Brésil, il y a cependant encore une relation très déséquilibrée entre nous. Il faudra trouver des investissements dans les deux sens en créant des joints-ventures pour permettre aux compagnies brésiliennes de toucher le marché chinois et ainsi rééquilibrer la balance commerciale. Pour le moment, le marché chinois nous reste encore fermé à cause du manque d’appétit des brésiliens mais aussi à cause des réglementations. Lorsque nous avions eu le Real très fort, nous avons raté l’occasion d’envoyer nos entreprises à l’extérieur.
Dans quels domaines pourraient s’affirmer les atouts du Brésil en Chine ?

De nombreuses entreprises, Embraer (aéronautique), Petrobras ont une activité importante dans l’empire du Milieu, mais il faut admettre que la Chine achète des produits brésiliens plutôt par hasard, il n’y a pas de canal privilégié de rapports entre notre secteur privé et les entreprises chinoises. Nous avons une structure de commerce extérieure complètement fragmentée, on dépense beaucoup de moyens avec des résultats nuls.

Le Brésil connaît un certain essoufflement de son dynamisme ?

Tout à fait, nous avions eu 30 milliards d’excédents commerciaux, aujourd’hui ils sont à niveau zéro. Ce n’est pas un effet de la crise mondiale. La Chine, avec 7,5% a mille milliards de revenus génère une économie beaucoup plus importante que le Benelux et l’Espagne ensemble. La Chine génère une économie de la taille de l’Espagne chaque année, une Espagne en bonne santé qui plus est. J’étais avec le premier ministre chinois, qui envisage d’avoir 600 000 entrepreneurs privés pour soutenir le développement de la Chine.

Nous devons voir comment les Chinois s’organisent pour la promotion de leurs propres entreprises. Ils en sont à leur septième plan quinquennal. Cela fait 35 ans que la Chine à travers ses plans quinquennaux a établi des objectifs nationaux, elle sait où elle veut aller. Nous manquons pour le Brésil d’une vision à long terme qui favoriserait les entreprises. Les Chinois ont mis 100 milliards de dollars à disposition des compagnies chinoises pour s’établir à l’extérieur. C’était une volonté de l’Etat. Deux chiffres intéressants : la totalité des investissements brésiliens à l’extérieur sont de 220 milliards de dollars enregistrés à la banque centrale. Nous sommes le quatrième investisseur en Europe avec 30 milliards de dollars l’année dernière avec l’OCDE. Cela ne suffit pas pour développer le « soft power » brésilien, qui est aujourd’hui fait par la culture et la musique, il doit être fait par les entreprises.
Quelles ont été les principales conclusions du Forum international financier de Londres que vous venez de présider ?

La crise morale et ses implications dans le monde financier sont beaucoup plus importantes que la crise réelle.

Il y a pourtant dans des pays comme la France, de la désindustrialisation, moins de création d’activité, peu d’investissements, la crise n’est pas que morale …

Il faut se demander si une taxation de 75% est favorable aux investissements.
Elle devrait pourtant disparaître en fin d’année …

C’est moral. Les investisseurs étrangers n’ont pas le temps de se poser ces questions, ils vont voir dans d’autres pays. Comment l’Angleterre qui était derrière la France l’a dépassée ? Parce qu’elle a diminué les impôts. Je ne souhaite pas m’immiscer dans les affaires françaises mais il y a pourtant une grande ressemblance entre nos deux pays.
Seriez-vous favorable à une taxe internationale sur les transactions financières ?

C’est une bêtise monumentale !!!

Même minime ?

Quelques pays se sont associés à ce dispositif, il n’y a pas encore d’adhésion mondiale. Imaginez la complexité pour établir une taxation du système financier. Vous créerez des paradis fiscaux et un afflux financier vers ces pays qui refusent cette taxe … C’est une bêtise monumentale !!! C’est bien dans les livres … Les transactions financières peuvent trouver d’autres moyens d’être contrôlées dans chaque pays par la banque centrale.

Par ailleurs, comment voyez-vous l’avenir énergétique mondial face au tarissement des ressources mondiales, aux problèmes de l’environnement ?

Les objectifs de l’ONU sont de parvenir à 10% d’énergie renouvelable dans le total de toutes les énergies. Il va y avoir des découvertes très importantes. Beaucoup de temps va s’écouler avant d’atteindre cet objectif, le nucléaire souffre d’une campagne injuste, le futur de l’éthanol est en Afrique pour le développement de l’agriculture, de la consommation, et parce qu’il y a des marchés très importants, la Chine qui investit beaucoup, elle est dans le méthanol aujourd’hui et les Etats-Unis. L’EMBRAPA (Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole, ndlr) est présente au Mozambique, en Angola, s’occupe du développement de nouvelles techniques dans l’agriculture, dans l’éthanol. Le président de l’’Ethiopie veut faire de son pays un modèle de promotion de l’éthanol en Afrique. Des capitaux de l’Arabie Saoudite investissent en Ethiopie pour produire de l’éthanol. L’Afrique peut aller encore plus vite que le Brésil.
Je travaille actuellement avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les américains au lancement d’une institution internationale pour promouvoir l’extension de l’éthanol.

Beaucoup de critiques reviennent sur l’éthanol (monoculture, conséquences humaines, prix alimentaires) ?

Aux Etats-Unis, l’éthanol est fait à partir du maïs, au Brésil, il est fait à partir de la canne à sucre. Le sucre occupe 1%. Quand j’ai commencé le programme, le Brésil produisait 1,5 million de mètres cubes d’éthanol, il en est aujourd’hui à 28 millions, il produisait 6 millions de tonnes de grain, il produit aujourd’hui 200 millions de tonnes de grains. C’est un stimulant de l’agriculture de haute technologie. Nous produisons plus d’éthanol que Dubaï et Bahrein réunis d’essence et le coût en est inférieur de 25%.

Propos recueillis par Rémy Darras

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